Entretien avec Christine Aubry

Christine Aubry, ingénieure agronome et docteure en agronomie, est chercheuse à AgroParisTech.

  • Pouvez-vous présenter votre parcours et vos recherches ?

Je suis ingénieure de recherche à l’Inrae et dans ce cadre-là j’ai fondé une équipe de recherche sur les agricultures urbaines en 2012. Je suis aussi professeure consultante à AgroParisTech et j’ai co-créé une spécialisation sur les agricultures urbaines et les espaces végétalisés urbains en 2013. Par la suite, j’ai beaucoup travaillé en recherche-action avec des collectivités sur le développement des agricultures urbaines. J’ai fondé un bureau de prestation de recherches pour aider au développement de l’agriculture urbaine dans les territoires à la fois de manière générale et spécifique, en proposant notamment des méthodes pour caractériser et gérer les risques sanitaires qui peuvent exister lors du développement de formes d’agricultures en milieu urbain. Enfin, j’ai fondé une chaire partenariale au sein de la fondation AgroParisTech qui finance des travaux de recherche et qui a mis en place un réseau « Agricultures urbaines et précarité alimentaire ». 

  • Plusieurs de ces projets sont en lien avec des collectivités territoriales et font également intervenir plusieurs disciplines scientifiques, cette approche est-elle nécessaire pour appréhender ce domaine ? 

Tout à fait. En agriculture urbaine, les projets émanent souvent des collectivités ou les impliquent très directement. Par exemple, beaucoup d’entre elles offrent du foncier pour permettre l’installation de ce type de projets, donc il faut en mesurer les enjeux et les aider à choisir des formes d’agricultures urbaines pertinentes pour leur territoire. 

Dans la plupart des projets, nous travaillons effectivement avec des géographes, des aménageurs, des urbanistes, des sociologues, des économistes, voire même des nutritionnistes. Nous essayons d’avoir un regard très transversal car les espaces d’agriculture urbaine rendent des services très variés qui demandent des connaissances spécifiques. 

  • Ce que l’on appelle l’agriculture urbaine a en réalité une multitude de formes, mais est-il possible d’en donner une définition générale ?

Il existe plusieurs définitions mais elles possèdent toutes des points communs sur le plan scientifique. Globalement, c’est l’agriculture située dans la ville (mais cela suppose de pouvoir définir précisément ce qu’est une ville, ce n’est pas évident dans tous les pays). Le terme peut aussi désigner une agriculture située en périphérie qui entretient un lien fonctionnel fort avec la ville, c’est-à-dire qui y importe des produits et des services, voire qui en récupère. Typiquement, l’agriculture périurbaine qui nous concerne ici amène des produits alimentaires en ville via des circuits courts et peut récupérer des déchets organiques issus de la ville. 

Cette définition est valable au niveau mondial, mais la nature des relations varie. Il y a une grande diversité de formes d’agricultures urbaines, qu’elles soient professionnelles ou non. Les jardins associatifs urbains sont une des formes les plus répandues aujourd’hui, mais il existe aussi un certain nombre de fermes périurbaines qui sont souvent celles qui bénéficient du foncier des collectivités.

  • Depuis quand ce domaine de recherche existe-t-il ?

Les premières recherches ont d’abord été menées par des géographes et des économistes, principalement dans les pays du Sud car c’est un mode d’approvisionnement qui y est très développé. Dans les pays du Nord, ce domaine de recherche a émergé autour de 1995-1996, à la suite de différents mouvements sociétaux exprimant un besoin de reconnexion à la nature en ville, de remise en cause des systèmes alimentaires classiques, et parallèlement à l’émergence des circuits courts, des AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), etc. Les jardins partagés en France sont apparus assez récemment, autour des années 2000, et se sont diversifiés par la suite. Cette diversification est encore à l’œuvre aujourd’hui avec par exemple l’élevage en ville qui connaît une résurgence, que ce soit à travers le pâturage de moutons qui servent de tondeuse à gazon, l’élevage de poules qui au-delà de la production d’œufs sont de très bons composteurs. On peut même constater que les ruches sont aujourd’hui en excès dans certaines villes.

Le domaine de recherche s’est développé en parallèle de ces évolutions. Très souvent, les chercheurs qui s’y sont intéressés en France avaient travaillé dans les pays du Sud et étaient déjà sensibilisés sur les différents rôles de l’agriculture intra et périurbaine. Par la suite, ils ont adapté leurs outils, leurs regards et leurs disciplines à ce qu’il se passait dans les pays du Nord.

Source : APUR

  • Quelles sont les conditions climatiques en milieu urbain et quelles conséquences ont-elles sur les pratiques agricoles ? À l’inverse, quel impact l’agriculture urbaine peut avoir sur l’environnement urbain ?

Il y a de nombreuses questions essentielles à se poser du point de vue technique : le choix du substrat, de la culture, du mode d’irrigation, etc. Par exemple, les toits forment un milieu bioclimatique très chaud, sec et pour lequel l’acheminement en eau n’est pas toujours évident. Par ailleurs, les cultures doivent s’adapter au milieu urbain, par exemple à l’ensoleillement réduit quand elles se situent au sol, mais elles peuvent également contribuer à certaines formes d’adaptation au changement climatique. À partir du moment où la production est relocalisée dans les villes ou à proximité, elle contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre liées au transport alimentaire, qui correspond à environ 30 % des transports totaux ce qui, en France, n’est pas négligeable. C’est surtout le cas dans l’agriculture périurbaine car les productions en milieu urbain sont relativement faibles dans les conditions actuelles. 

Par ailleurs, conserver des sols agricoles en périurbain et en remettre en milieu urbain est un bon moyen de retenir de l’eau. Parmi les effets du changement climatique, il y a l’augmentation de la fréquence des pluies torrentielles (qui varie en fonction des régions). Ainsi, l’enjeu pour les villes est de pouvoir écrêter les pics de pluie et donc de stocker temporairement l’eau. Les sols ou les pseudo-sols utilisés en agriculture urbaine sont très efficaces. 

Le troisième effet est dû au fait que toute végétalisation en ville peut permettre de lutter contre le phénomène d’îlot de chaleur urbain, ou en tous cas de le limiter. Cependant, il reste plus efficace de réguler ce phénomène par une couverture arborée que par le maraîchage par exemple. Ce type de cultures maraîchères vaut mieux que rien, notamment sur un toit, mais il est clair qu’une couverture arborée ou une étendue d’eau contribuent davantage au rafraîchissement des villes. 

On pourrait aussi parler des effets sur la biodiversité car certaines formes d’agriculture urbaine sont très efficaces pour constituer des « hotspots » de biodiversité. C’est le cas notamment des jardins associatifs et des micro-fermes urbaines.

  • Justement, est-ce que les démarches d’installation en agriculture urbaine s’accompagnent d’une baisse ou même d’une absence d’utilisation de produits phytosanitaires ?

Tout d’abord, il est important de rappeler qu’en France, l’essentiel des formes d’agriculture urbaines et périurbaines sont faites en plein sol ou sur substrat, c’est-à-dire en plein air. Quelques fermes urbaines utilisent des tours hydroponiques sans substrat qui utilisent des produits phytosanitaires, mais la part de ces « fermes verticales » indoor est très faible en France car nous n’en avons pas besoin en termes strictement alimentaires. En revanche, elles peuvent être utiles pour les filières de plantes cosmétiques et médicinales où il est nécessaire de pouvoir contrôler les molécules que produisent les végétaux. Autrement, pour les fruits et les légumes, un tel niveau de précision n’est pas nécessaire et est très coûteux à obtenir, tant environnementalement qu’économiquement.

Pour toutes les formes en ville et de manière très croissante en périurbain, les phytosanitaires ne sont pas utilisés. C’est souvent une des conditions pour que les communes acceptent une installation. La grande majorité des projets de jardins, de fermes ou micro fermes sont « zéro phyto » et plus largement « zéro intrants synthétiques », l’essentiel des éléments nutritifs venant de productions organiques.

Globalement, il y a une mise en avant très forte des pratiques agroécologiques et de l’utilisation de la biodiversité urbaine pour réguler les problèmes agronomiques. C’est une très grande tendance, de la même manière qu’en périurbain l’essentiel des installations, de fermes maraîchères notamment, s’inscrit en agriculture biologique ou en permaculture. Il y a un vrai mouvement, qui est loin de submerger toute notre agriculture, mais qui est notable. 

  • Vous avez évoqué les conditions contrôlées que peut offrir une ferme en intérieur, est-ce qu’à l’inverse il existe un risque de pollution dans le cas des cultures en extérieur, que ce soit par la pluie ou par d’autres vecteurs ?

Lorsque nous étudions la question de la pollution en ville, nous constatons que celle qui pose le plus de soucis quand il est question de cultures, c’est celle qui provient des sols. En fonction de la localisation, la pollution atmosphérique est aussi à prendre en compte, si l’installation se situe à côté du périphérique par exemple.

Aujourd’hui, l’essentiel des projets d’agriculture urbaine, qu’ils soient professionnels ou non, irriguent avec de l’eau de ville, de l’eau de pluie, parfois en récupérant de l’eau des toitures. Dans ce cas, il peut arriver (de manière très variable) que des éléments métalliques soient présents dans l’eau. Cependant, le problème de la pollution liée à l’eau sur la qualité des cultures est aujourd’hui très faible en France. En revanche, ce qui n’est pas anodin, c’est le fait d’utiliser de l’eau potabilisée qui a un certain coût pour arroser des salades, car il est possible de faire mieux. Dans cette idée d’amélioration, il y a de nombreuses réflexions et tentatives d’utiliser le réseau d’eau non potable et de mieux stocker l’eau de pluie. C’est une question qui va s’accentuer dans les années qui viennent.

  • À quelles ambitions peuvent prétendre les agricultures urbaines ? Ont-elles vocation à produire suffisamment pour nourrir tout une ville et remplacer certaines filières? À servir de complément  ?

Dans un certain nombre de pays d’Afrique subsaharienne et à Madagascar, c’est déjà le cas : la plupart des produits frais proviennent de l’agriculture locale, puisqu’il n’existe pas ou que peu d’infrastructures de transport. J’ai beaucoup travaillé à Madagascar et pour certains fruits et légumes, l’approvisionnement était assuré à 80 ou 100% par la ville sur un rayon maximum de 15 kilomètres. 

Dans notre contexte à nous, les choses sont assez différentes, notamment en France où les climats sont assez contrastés. Nous pouvons produire plus et en plus grande quantité pour la ville dans des climats méditerranéens comme à Marseille ou Avignon. Mais du point de vue de l’intra-urbain en France, les quantités de fruits et légumes restent quantitativement très faibles. 

Nous avions fait une simulation à l’échelle de la ville de Paris sur la contribution des toits disponibles pour l’alimentation des Parisiens en fruits et légumes. Nous avions estimé, en partant de l’étude de l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) disant qu’il existait environ 80 hectares de toits plats potentiellement cultivables, que si les rendements étaient très bons (10 ou 12 kg par m² par an, tel que ce que l’on a obtenu expérimentalement sur le toit d’AgroParisTech), il serait possible de produire environ 10 % de l’ensemble des fruits et légumes consommés par les Parisiens. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas tout, et surtout l’hypothèse première qu’il serait possible de cultiver tous les toits potentiels est fausse. Dans les faits, si nous parvenions à en cultiver le tiers, ce serait déjà très bien. Il est donc certain qu’une totale autonomie alimentaire intra-urbaine n’est pas possible pour Paris. En revanche, certaines filières et certaines populations peuvent être visées en particulier. Dans le cas des filières, des aromatiques ou des champignons cultivés en cave, une autonomisation pourrait tout à fait être envisageable. Cette autonomisation est d’ailleurs déjà accompagnée par des particuliers : beaucoup cultivent des plantes aromatiques sur leur balcon.

Pour les fruits et légumes, si l’on souhaite tendre vers une autonomisation plus importante, il existe deux solutions : premièrement, augmenter la part d’agriculture périurbaine qui sert à approvisionner la ville. C’est une évolution qui est en cours, mais c’est loin d’être le cas en Île-de-France par exemple, où l’essentiel des surfaces agricoles sont des céréales plutôt à destination du marché international que local. Avant la crise sanitaire et le choc de la guerre en Ukraine, une diversification des exploitations céréalières avait commencé à s’opérer car la demande évoluait fortement. Les problèmes liés à la production céréalière internationale risquent de ralentir, au moins un temps, ce mouvement que l’on percevait comme très fort il y a encore quelques mois. 

Deuxièmement, il y a le cas des fermes verticales qui sont parfois mises en avant comme solution miraculeuse car elles sont très productives au mètre carré. Or, d’une part elles sont loin de pouvoir tout produire, et d’autre part elles sont extrêmement énergivores. Cette solution entre en totale opposition avec la notion de sobriété. Dans les faits, quelques analyses de cycles de vie ont été faites sur ces fermes et même lorsqu’elles sont très productives, leur bilan reste très faible en comparaison de cultures traditionnelles en plein sol. Même si elles produisent trois ou quatre fois plus, elles utilisent plus de trois ou quatre fois plus d’énergie que les formes traditionnelles. 

La question de l’autonomie alimentaire se pose en termes de filières, mais aussi de personnes. Chez certaines populations, une partie de l’alimentation provient du jardinage collectif ou privé mais, là encore, cette part varie beaucoup en fonction de la taille de la parcelle et du temps que chaque personne peut y consacrer. Une étude spécifique datant de quelques années avait constaté qu’une bonne partie des personnes disposant de parcelles de jardins familiaux (entre quelques dizaines et une centaine de m²) peuvent arriver à produire une part importante de fruits et légumes qu’ils consomment pendant la saison de culture (ils n’arrivent pas nécessairement à en faire des conserves). C’est donc un apport important. C’est notamment pour cela que certaines collectivités franciliennes ont, suite au confinement, été assaillies de demandes de terrains à cultiver dans la moyenne et grande couronne parisienne.

  • Dans l’exemple que vous citez, quelles raisons peuvent expliquer que toute la réserve de toit cultivable ne soit pas mobilisable ?

Il y a plusieurs raisons à cela. Il peut y avoir une pression foncière sur ce que les architectes appellent « les cinquièmes façades », car elles  sont convoitées pour y mettre des panneaux solaires, des antennes, etc. Donc il y a tout de même des utilisations aujourd’hui concurrentes. Ensuite, il existe un ensemble de contraintes techniques : cultiver sur un toit nécessite qu’il soit suffisamment portant, or beaucoup de toits n’ont pas été conçus pour ça, donc une surcharge entraîne un risque d’effondrement. Il y a aussi des questions d’accessibilité : il faut pouvoir y monter, et pas seulement par une petite échelle. Il faut aussi le sécuriser, ce qui est faisable mais souvent assez coûteux. Notamment, faire un jardin collectif sur un toit est une très bonne idée, mais s’il y a des enfants, des garde-corps aux normes sont impératifs. Enfin, l’accès à l’eau peut poser problème, car l’eau du ciel ne suffit pas et tous les immeubles ne disposent pas d’une installation pour amener l’eau jusqu’au toit. Tout ça fait qu’il n’y a pas de diffusion massive d’une agriculture sur les toits.

Site de l’association Urbanescence, qui produit des plantes aromatiques et tisanières sur les buttes de terre, ainsi que du houblon le long d'un mur
sur le tronçon Rungis de la petite ceinture, dans le 13e arrondissement de Paris. Source : Mairie de Paris
  • La pression foncière s’exprime également au sol, comment concilier ce besoin de terrains réunissant des exigences nécessaires aux cultures et la forte pression foncière qui existe, notamment en Île-de-France ?

Il est clair que le niveau de pollution des sols en milieu urbain varie beaucoup. Nous avons lancé plusieurs programmes de recherche à AgroParisTech sur cette thématique (REFUGE, Sécuragri) dans le but d’aider les collectivités à caractériser le niveau de pollution et à décider du maintien de leur objectif d’agriculture urbaine, et si oui, sous quelle forme. Par exemple, même lorsqu’un terrain est relativement pollué, il peut y avoir une utilisation intéressante de ces sols en agriculture urbaine, en produisant du non-alimentaire comme des fleurs coupées ou des plantes par exemple. La demande des urbains est suffisamment forte, et l’on compte de plus en plus de fermes florales pour des raisons esthétiques et pour l’utilité qu’elles donnent à ces sols. C’est une filière alternative à celle existante qui est environnementalement assez catastrophique du fait des importations. Économiquement, elle est assez rentable car les urbains aiment acheter des produits locaux.

Cependant, l’arbitrage entre l’usage des parcelles pour la construction ou pour l’agriculture urbaine est un problème majeur et difficilement soluble. Dans les grandes villes, de plus en plus de programmes immobiliers prennent en compte la nécessité de proposer des espaces de proximité, où les habitants peuvent se divertir et être proche de la nature, besoin que la crise sanitaire a vraiment mis en évidence. Même d’un point de vue économique, de plus en plus de promoteurs se rendent compte qu’un immeuble offrant un accès à des activités en lien avec l’agriculture ou l’environnement est plus attrayant qu’un immeuble classique.

C’est dans cette démarche que l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) a lancé en 2020 le projet « Quartier fertile ». L’objectif est de faire de la rénovation urbaine dans les quartiers prioritaires de la ville en évitant l’urbanisme qui produit des grandes barres d’immeubles entourées de 10 hectares inutilisables pour  les habitants. Il s’agit donc de penser autrement le découpage et l’utilisation de l’espace entre infrastructures, espaces verts et espaces d’agriculture.

Une enquête a également été menée auprès des bailleurs sociaux sur leurs projets d’agriculture urbaine. Nous avons eu la surprise de voir que, même si tous n’ont pas répondu, il y avait environ 500 projets d’agriculture urbaine dans les différentes cités de France, et qui pour l’essentiel se matérialisent sous la forme de jardins en pied d’immeuble. Il y a une réelle prise en compte des aménageurs de ce besoin de reconnexion à l’alimentation et à l’agriculture.

  • Quels autres rôles peuvent remplir ces lieux d’agriculture urbaine ?

Une des fonctions de ces jardins collectifs est certes la production alimentaire, mais également la production de lien social. Ce sont de véritables lieux de sensibilisation à l’alimentation et à l’environnement, d’où la multiplication des jardins pédagogiques dans les écoles notamment. De nombreux travaux s’intéressent aux fonctions que remplissent ces différentes formes d’agriculture urbaine. Notamment, leurs effets sur la santé, physique ou mentale, sont en pleine phase d’exploration dans la recherche et la recherche-action.

 

Propos recueillis par Marion Barbé

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